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Al-Noor Journal for Humanities
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https://jnh.alnoor.edu.iq/
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L’Enonciation et la structure du conte La Barbe Bleue de Charles Perrault
Z M Abbas1 and M Z Zaidan2
1Faculté des Lettres, Département de Langue Française, Université de Mossoul, 2 Faculté des Lettres, Département de Traduction Université Al-Noor Université
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Article information
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Abstract
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Article history:
Received 1January, 2025
Revised 25 may, 2025
Accepted 6 April, 2025
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Cette recherche vise à mettre en lumière les éléments de "l'énonciation" et de la structure du conte La Barbe bleue de l’écrivain français Charles Perrault, ainsi qu’à analyser les techniques de narration et de discours, puis les textes embrayés et non embrayés dans le contexte de ce conte. L’originalité de ce travail réside dans l’exploitation du conte populaire en tant que texte littéraire utilisé pour l'enseignement et l’apprentissage du français langue étrangère. Son contenu se concentre essentiellement sur l’étude du conte La Barbe bleue, mais il ne s’y limite pas ; il tente également d’explorer les différents types de contes populaires d’origine orientale ou occidentale.
L’étude s’intéresse aussi à "l’énoncé" en tant que texte rédigé ou imprimé d’une part, puis met en lumière les marques de l’énonciateur dans son discours d’autre part. Toutefois, il convient de se focaliser sur les caractéristiques de « l’énonciation narrative » avant d’aborder la « structure du conte ».
En outre, cette recherche distingue la narration du discours en s’appuyant sur la vision d’Émile Benveniste dans son ouvrage Problèmes de linguistique générale, ce qui constitue l’axe méthodologique principal de ce travail. Ce choix repose sur une série de lectures que nous avons effectuées sur les contes populaires, lesquelles ont montré que les auteurs de contes insèrent intentionnellement le discours dans le récit. Le lecteur peut observer cette pratique stylistique à travers l’utilisation de différentes formes de pronoms personnels, de temps verbaux et de structures sémantiques.Ainsi, il est nécessaire d’expliquer la distinction entre narration et discours au sein même du texte du conte populaire et de l’exploiter dans les cours d’enseignement et d’apprentissage du français comme langue étrangère.
Mots-clés: Énonciation, Énoncé, Structure, Conte, Discours, Situation
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Keywords:
metaphor,
Enunciation, Sentence, Structure, Tale, Discourse, Situation
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Correspondence:
Omar Ali Ilyas
[email protected]
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DOI: https://doi.org/10.69513/jnfh.v3.i1.a8 ©Authors, 2025, College of Education, Alnoor University.
This is an open access article under the CC BY 4.0 license (http://creativecommons.org/licenses/by/4.0/).
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Enunciation and the Structure of the Tale Bluebeard by Charles Perrault
Z M Abbas1 and M. Z. Zaidan2
1Faculty of Letters, Department of French Language, University of Mosul, 2Faculty of Letters, Department of Translation, Al-Noor University
Abstract
This research aims to shed light on the elements of "enunciation" and the structure of the fairy tale Bluebeard by the French writer Charles Perrault, as well as to analyze the techniques of narration and discourse, including deictic (anchored) and non-deictic (non-anchored) texts within the context of the tale.The originality of this work lies in the use of the popular tale as a literary text employed in the teaching and learning of French as a foreign language. While its content mainly focuses on the study of Bluebeard, it also seeks to explore various types of popular tales of either Eastern or Western origin. The study also addresses the utterance (énoncé) as a written or printed text on one hand, and on the other hand, highlights the marks of the speaker (enunciator) in their discourse. However, it is essential to focus first on the characteristics of "narrative enunciation" before addressing the "structure of the tale." Furthermore, this research distinguishes narration from discourse by relying on the perspective of Émile Benveniste in his work Problems in General Linguistics, which constitutes the main methodological axis of this study. This choice is based on a series of readings we conducted on popular tales, which revealed that the authors of such tales intentionally insert discourse into the narrative. The reader can observe this
Mots-clés: Enunciation, Sentence, Structure, Tale, Discourse, Situation
Dans la présente recherche intitulée « L’Enonciation et la structure du conte La Barbe Bleue de Charles Perrault », nous tentons de mettre en exergue les caractéristiques de ces deux procédés langagiers tout en passant par ceux du récit et du discours ou des textes embrayés et non embrayés.
La particularité de ce travail réside dans l'exploitation du conte populaire en tant que texte littéraire dans une classe du FLE. Le corpus de cette recherche se focalise plutôt sur le conte de Perrault mentionné ci-dessus mais elle va au-delà de ce récit pour investir certaines formes de contes occidentaux et orientaux.
Nous étudions en effet l'énoncé, puisqu’il s’agit d’un texte écrit ou publié d'une part ; puis on se met à l’examen des traces de l'énonciateur dans son énoncé, d'autre part. Mais avant d'aborder la structure du conte, il serait préférable de mettre l’accent sur l'énonciation du récit. Nous faisons la distinction entre le récit et le discours, en nous référant à l’œuvre d’Émile Benveniste « Problèmes de linguistique générale », ce qui constitue le fil conducteur de notre présent travail.
Le choix de ce parcours est justifié par le fait que nos modestes lectures des contes populaires français nous ont montré que les conteurs introduisent le discours au sein des mêmes contes. Le lecteur peut ainsi remarquer ce procédé stylistique à travers les pronoms personnels, le temps utilisé et les déictiques. Pour cette raison, il est important de faire la distinction entre récit et un discours dans un texte du conte populaire et d’en investir dans les classes de FLE.
1.Enonciation, Enoncé
Quelle différence y a-t-il entre énoncé et énonciation? Tout texte tel qu'il se présente à notre lecture constitue un énoncé. Quant à l'énonciation, elle est la trace de l'énonciateur dans son énoncé. Sarfati mentionne dans son livre "Eléments d'Analyse du discours" que le discours s'oppose au récit :
"Dans le récit, tout se passe comme si aucun sujet ne parlait, les événements semblent se raconter d'eux-mêmes, le discours se caractérise, au contraire, par une énonciation supposant un locuteur et un auditeur(1).
En fait, il y a deux sortes d'énonciation: l'énonciation historique qui correspond à celle du récit et l'énonciation du discours qui correspond à celle du dialogue.
L'énonciation historique représente le degré zéro de l'énonciation. L'emploi de la troisième personne du singulier ou du pluriel du passé simple sert à raconter des événements passés sans l'intervention directe du locuteur. Les quatre temps les plus remarqués dans le récit sont le passé simple, l'imparfait, le conditionnel et le plus-que-parfait. Beneveniste ajoute le prospectif, c'est-à- dire le futur proche, le futur, le présent intemporel, (celui qui sert à définir un phénomène considéré toujours vrai comme : (La terre tourne autour du soleil) et l'utilisation du présent historique.
Le récit de la bataille de Rocroi, raconté par Voltaire dans le siècle de Louis XIV met en lumière (l'énonciation historique), c'est-à-dire les temps utilisés tels le passé simple, l'imparfait et le plus que parfait :"Le prince (de Condé) l'entoura et l'attaqua trois fois. A peine victorieux, il arrêta le carnage. Les officiers espagnols se jetaient à ses genoux pour trouver auprès de lui un asile contre la fureur du soldat vainqueur. Le duc d'Enghein eut autant de soin de les épargner qu'il en avait pris pour les vaincre (2).
L'énonciation du discours est différente de la précédente. Le récit de la bataille de Rocroi prononcé par Bossuet (XVIIe siècle) consacre une large place au discours:
[…] A la veille d'un si grand jour, et dès la première bataille, il (le prince de Condé*) est tranquille, tant il se trouve dans son naturel: et on sait que le lendemain, à l'heure marquée, il fallait réveiller d'un profond sommeil cet autre Alexandre. Le voyez-vous comme il vole ou à la victoire ou à la mort ? Aussitôt qu'il eut porté de rang en rang l'ardeur dont il était animé, on le vit presqu'en même temps pousser l'aile droite des ennemis (3).
Ce discours est intéressant parce qu'il y a beaucoup de contes qui introduisent aussi le discours au récit. L'introduction du discours (le couple je, nous/tu, vous) dans le récit de la bataille de Rocroi rappelle bien sûr que Bossuet prononce l'oraison funèbre du prince de Condé et qu'il s'adresse à l'auditoire rassemblé en l'église Notre-Dame de Paris. L'orateur ici attend des auditeurs qu'ils jugent la situation. Les déictiques utilisés sont le démonstratif "ce", le pronom personnel "vous" et le présent de l'indicatif.
L'alternance du récit et du discours dans l'oraison funèbre de Bossuet montre qu'il y a deux niveaux d'énonciation. La distinction entre les deux par Beneveniste et par Weinrich se résume dans le tableaux suivants (4).
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Formes
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Passé simple (aoriste) passé antérieur
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Imparfait plus-que-parfait futur hypothétique
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Prospectif
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Passé composé présent
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Futur
simple futur antérieur
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JE
TU
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IL
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Enonciation historique
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+
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+
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+
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- (+)
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-
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-
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+
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Récit
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Enonciation de discours
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-
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+
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+
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+
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+
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+
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+
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Commentaire
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La perspective d'énonciation de Weinrich vient compléter cette première structure dans laquelle, le discours peut être considéré dans ses dimensions prospectives (ouverture temporelle vers l'avenir) et rétrospectives (ouverture vers le passé). Au centre de l'énonciation, se trouve le présent pour le discours commentatif, l'imparfait et le passé simple pour le discours narratif. Weinrich propose de distinguer dans le discours narratif entre les temps du premier plan et ceux de l'arrière plan. On aboutit ainsi à deux nouveaux couples: passé simple/ imparfait d'une part, passé antérieur/ plus-que-parfait d'autre part. Le tableau suivant illustre la perspective de H. Weinrich (5).
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Perspective
D'énonciation
Attitude
d'énonciation
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Visée prospective
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Visée rétrospective
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Mise en
relief
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Repère au degré zéro
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Discours
Narrative
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Plus-que-parfait
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Arrière-plan
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Imparfait
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Futur hypothétique
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Passé antérieur
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Premier plan
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Passé simple
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Discours commentatif
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Passé composé
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Présent
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Futur catégorique
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En plus de l'ouvrage Les Problèmes de Linguistique Générale d'Emile Beneveniste, il y a d'autres ouvrages où l'on trouve un élargissement de details quant à ce sujet, parmi lesquels on cite celui de J. Dubois, Enoncé et Enonciation et Le Dictionnaire encyclopédique des sciences du langage d'O. Ducrot et de T. Todorov. Dans le premier, l'énonciation est tantôt présenté brièvement, tantôt avec plus de précision: elle se définit au premier abord comme "l'acte de production d'un énoncé dans une situation particulière"; alors que "le texte de l'énoncé, demeure et conserve les traces de l'acte qui l'a produit" (6) Pour E. Beneveniste, l'énonciation peut être définie comme un acte d'appropriation. Dès qu'il y a un locuteur, il y a un allocutaire. Le locuteur doit transmettre un message à l'allocutaire.(7).
L'énoncé peut être dépendant ou indépendant du locuteur et du destinataire. L'énoncé " Rendez-vous ici demain" n'est pas compréhensif que si l'on sait qui l'a émis, à qui il s'adresse, où il a été prononcé (ici) et quand (demain). Tandis qu'il existe des énoncés indépendents du locuteur et du destinataire comme dans le proverbe (Qui dort dîne) ou comme dans une vérité générale (La terre tourne) (8).
Le procès d'énonciation est constitué du locuteur et de l'allocutaire; ceux-ci peuvent être appelés les interlocuteurs. Les déictiques se divisent en deux catégories grammaticales et sémantiques. Il y a d'une part les pronoms personnels de la première et deuxième personne, les pronoms et les adjectifs démonstratifs, les adverbes comme ici, maintenant, hier, aujourd'hui, etc. Les verbes de l'énonciation dont le présent est le temps de base, des verbes à la première personne comme (je crois que…, je conclus que…), des verbes performatifs tels: je promet, je jure, je m'excuse, etc. Il y a d'autre part les déictiques évaluatifs et les modalisants comme peut-être et certainement (9).
Pour avoir une idée sur la structure du conte, il faudrait connaître la distinction entre récit et discours et identifier les déictiques présentes dans toute énonciation; toutefois, les textes ne sont pas tous embrayés.
2.Textes embrayés et non embrayés, les déictiques
S'agissant des textes embrayés, il est important d'y chercher les déictiques qui caractérisent les énonciations du discours, Les déictiques appelés également "indicateurs de la deixis" "shifters" ou "embrayeurs" sont des unités grammaticales du code qui embrayent le message sur la situation (Définition traduite par Nicolas Riwet)
Alors que les contextes non-embrayés se caractérisent par l'absence des déictiques de l'ici-maintenant. Le récit historique est le mode d'énonciation qui ne recourt jamais à ces déictiques du locuteur. On rappelle que ces embrayeurs permettent dans la situation du discours, de situer l'énonciation dans l'espace et dans le rapport au sujet de l'énonciation. A l'exception des indices personnels et des temps verbaux, s'ajoutent les démonstratifs et les adverbes de lieu et de temps.
Cherchons les déictiques dans le vers suivant!
Ouvre-moi cette porte où je frappe en pleurant!
Dans ce vers du poème d'Appolinaire (le voyageur), il y a un locuteur. La présence du déictique (cette) précise que le lecteur du poème est destinataire du message.
Les adverbes "ici" et "maintenant" permettent de situer l'énoncé dans l'espace et dans le temps. Incompatibles avec la 3e personne "il" qui ne se considère pas comme élément de l'instance du discours, "ici" et "maintenant" entretiennent avec "je" des rapports étroits. Il en va de même pour les autres indicateurs déictiques tels ce matin, aujourd'hui, hier, demain, la semaine prochaine, en ce moment, etc. C'est ainsi que les premiers vers de "Demain dès l'aube" de Victor Hugo contiennent les déictiques qui renvoient à l'énonciation du discours:
Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.
Les déictiques qui sont présents dans les deux vers sont les je/tu, l'adverbe demain par rapport à maintenant qui représente l'instance du discours et le présent de l'indicatif, comme indicateur temporal. Par ailleurs, Il y a des indicateurs déictiques qui n'appartiennent pas à l'instance du discours mais à l'énonciation historique, voire à celle du récit. Examinons cette répartition correspondant aux deux niveaux d'énonciation dont on vient de parler(10).
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IL
Là
Alors
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Je/Tu
Ici
Maintenant
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le jour même / à ce jour-là
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aujourd'hui
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la veille
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Hier
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le lendemain
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Demain
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ce matin-là
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ce matin
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la semaine suivante
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la semaine prochaine
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trois jours avant
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il y a trios jours
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à ce moment-là, etc.
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en ce moment
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On peut résumer les embrayeurs ou déictiques en les indices personnels: je-tu, vous-nous, les démonstratifs, le présent de l'indicatif, les modalités d'énonciation: assertion, interrogation et injonction (ordre) . De plus, des verbes à la première personne et des verbes performatifs (promettre, jurer, s'excuser), la présence de sèmes évaluatifs et émotifs et des termes modalisants (11)
Dans l’ouvrage intitulé Analyser les textes de communication, Maingueneau étudie les deux types d'énonciation, embrayé et non embrayé en fonction de la relation qui existe entre l'énoncé et la situation d'énonciation, "outre les embrayeurs, d'autres traces de la présence de l'énonciateur : appréciations, interjections, ordres, interpellation du co-énonciateur ". Au dire de Maingueneau, on ne peut pas imaginer une conversation sans environnement énonciatif et sans interpellation du co-énonciateur (12).
L'énoncé non embrayé se présente coupé de la situation d'énonciation. Cet énoncé constitue un univers autonome. Il a un énonciateur et un co-énonciateur, et est produit en un moment et un lieu particuliers, mais il se présente comme coupé de son énonciation, c'est-à-dire, il n'a pas de relation avec elle. D'après Maingueneau, on trouve le désembrayage dans les textes narratifs, scientifiques et lexicaux:
"A un titre moindre, les généralisations sont aussi un bon exemple d'énonés coupés de la situation d'énonciation: généralisation de proverbes ("Qui trop embrasse mal étreint") ou de lieux communs ("Les Français sont individualistes"). Ici, il n'y a pas '"ancrage" dans la situation d'énonciation: le présent n'indique pas que l'énoncé est vrai au moment où le locuteur dit la phrase, il ne s'oppose ni au passé et ni au futur. Il indique au contraire que l'énoncé est censé toujours vrai, dans toutes les situations d'énonciation et pour n'importe quel énonciateur"(13).
En ce qui concerne "les tiroirs verbaux" ou les temps verbaux des deux situations d'énonciation, Maingueneau répète le commentaire de Beneveniste mais il l'expose avec des détails enrichissants.
Le temps de base de l'énonciation embrayée est le présent déictique qui peut renvoyer au passé et au futur. Pour le passé, il y a le passé composé et l'imparfait; pour le futur, il y a le futur comme le futur simple et le futur périphrastique (le futur proche).
On constate alors que chacun des textes embrayés et non embrayés possède des emplois du temps spécifique. La présence et l'absence des déictiques précisent leur identité. La Barbe-Bleue de Perrault se situe dans la deuxième perspective.
3.Récit et Discours: exemple, La Barbe bleue de Charles Perrault
A la lumière des notes théoriques avancées par Beneveniste et Weinrich sur le discours et le récit ou le texte embrayé et le texte non embrayé, on peut demander aux apprenants de repérer le discours et le récit dans La Barbe Bleue de Perrault. Puisque cette œuvre est un conte, il fait alors partie des textes narratifs dont les personnages n'ont ni nom ni prénom, à l'exception de la sœur de la femme de la Barbe bleue qui s'appelle Anne. Tantôt, le conteur appelle la Barbe bleue le mari, tantôt, il appelle sa femme la jeune mariée. Charles Perrault introduit le discours au récit de telle sorte qu'il fait partie du commentaire narratif. Chez lui, il y a une alternance d'énonciation non embrayée et d'énonciation embrayée. Les dialogues du conte ne sont pas détachés de la narration. De plus, ils sont rarement précédés de petits tirets.
Comment peut-on distinguer le récit du discours ? Dans une œuvre littéraire, le récit en tant que narration se distingue du discours par les tiroirs verbaux. Le passé simple y est le temps de base mais il n'empêche pas qu'il y figure le présent déictique, le présent intemporel, l'imparfait, le futur prospectif, le participe présent, le participe passé deuxième forme, le subjonctif de l'imparfait, le passé antérieur, etc., comme dans les extraits suivants:
"Les voisines et les bonnes amies n'attendirent pas qu'on les envoyât quérir pour aller chez la jeune Mariée, tant elles avaient d'impatience de voir toutes les richesses de sa maison, n'ayant osé y venir pendant que le Mari y était, à cause de sa barbe bleue qui leur faisait peur"(14)
"Puis la prenant d'une main par les cheveux, et de l'autre levant le coutelas en l'air, il allait lui abattre la tête. La pauvre femme se retournant vers lui, et le regardant avec les yeux mourants, le pria de lui donner un petit moment pour se recueillir"(15).
"Ils (les deux frères) lui passèrent leur épée au travers du corps, et le laissèrent mort. La pauvre femme était presqu'aussi morte que son Mari, et n'avait pas la force de se lever pour embrasser ses frères (16).
Quand on passe en revue les trois extraits précédents, on constate que le passé simple exprime l'action rapide et les péripéties du conte, l'imparfait explique un événement répété dans le passé ou une description. L'action qui a eu lieu dans le passé est exprimé soit par le participe présent soit par le participe passé deuxième forme.
En ce qui concerne le discours, il apparaît dans le conte à travers ses déictiques (embrayeurs) représentés par les pronoms personnels: Je/Tu ou vous, les démonstratifs, les adverbes de lieu et de temps, les modalités et le présent de l'indicatif. Examinons les extraits suivants:
"Pour cette petite clef-ci, c'est la clef du cabinet au bout de la grande galerie de l'appartement bas: ouvrez tout, allez partout, mais pour ce petit cabinet, je vous défends d'y entrer, et je vous défends de telle sorte, que s'il vous arrive de l'ouvrir, il n'y a rien que vous ne deviez attendre de ma colère" (17).
"Vous n'en savez rien, reprit la Barbe bleue, je le sais bien, moi, vous avez voulu entrer dans le cabinet! Hé bien, Madame, vous y entrerez, et irez prendre votre place auprès des Dames que vous y avez vues(18).
"Ma sœur Anne (…), monte, je te prie, sur le haut de la tour, pour voir si mes frères ne viennent point: ils m'ont promis qu'ils me viendraient voir aujourd'hui, et si tu les vois, fais-leur signe de se hâter. (…) Anne, ma sœur, ne vois-tu rien venir? Et la sœur lui répondait: "Je ne vois rien que le Soleil qui poudroie, et l'hèrbe qui verdoie"(19).
A part les déictiques soulignés précédemment, on évoque les tiroirs verbaux présents dans les extraits ci-dessus et où se trouvent le futur, le conditionnel présent qui explique le doute et le conditionnel présent qui explique le futur dans le passé. Par ailleurs, les modalités sont représentées par les interjections (2e extrait), les ordres (première et troisème extrait) et les interpellations (troisième extrait).
4.La structure des contes
Puisque notre choix est opté pour La Barbe bleue de Perrault et que ce conte fait partie des contes qui adoptent la structure narrative de Propp, il est nécessaire d'étudier la structure narrative du conte merveilleux, de son méfait à sa réparation. Le merveilleux de ce conte porte sur le thème de la féerie. Toutefois, dans La Barbe bleue, "il n'y a ni fée, ni ogre mais "une clé "fée" dont la fonction n'est pas d'aider l'héroïne mais au contraire de la piéger(20) . Avant de parler des phases de la structure du conte, il n'est pas inutile de rappeler au lecteur les fonctions étudiées par les linguistes tels Greimas, J.-M.Souriau et Propp comme l'illustre le tableau suivant (21).
Paradingmes actanciels de trois linguistes
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Souriau
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Propp
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Greimas
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Force orientée
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Héros
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Sujet
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Bien souhaité
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Princesse
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Object
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Arbitre de la situation
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Mandateur
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Destinateur ou dontateur
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Obtenteur souhaité
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Destinataire ou bénéficiaire
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Opposant
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Agresseur
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Opposant
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Adjuvant
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Faux héros
Auxiliare
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Adjuvant
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Le folklorist russe V. Propp est le premier qui étudie le conte du point de vue morphologique. A partir d'une centaine de contes russes, il arrive à en tirer trente et une fonctions. Parmi ces fonctions, il y en a six qui sont applicables à l'analyse de tous les contes. Greimas qui s'occupe des actions des personnages arrive à définir six actants comme le montre le schéma suivant (22)
Dans le schéma ci-dessus, il y a six actants qui représentent la structure du conte comme celui-ci: un roi (Destinateur) qui donne sa fille (Objet) comme récompense à celui qui pourra (Destinataire) la sauver du danger. Le héros (Sujet) qui sera le personnage principal de l'histoire rencontrera sur son chemin des ennemis (Opposants) qui font tout pour l'empêcher d'accomplir sa mission. Heureusement, il trouvera une aide extérieure (Adjuvant) qui lui portera secours pour vaincre son ennemi et réaliser son but. Il est à rappeler que le destinateur peut être appelé mandataire, l'opposant un agresseur et le destinataire un bénéficiaire.
Il consiste à avoir trois phases principales: la situation initiale, la transformation et la situation finale. La modification de la situation se fait grâce à un élément perturbateur qui bouleverse la stabilité du héros, ce héros n'arrive pas à récupérer sa stabilité que grâce à une série d'actions ou de péripéties.
La Situation Initiale
Dans cette partie, on fait la connaissance avec les personnages et leurs circonstances. Ici, les personnages vivent dans une certaine stabilité. Cette partie est descriptive. C'est pourquoi, on y utilise l'imparfait qui a une valeur descriptive et itérative.
La Transformation: un élément modificateur ou perturbateur.
Cet élément est responsable d'une rupture de l'équilibre et de déclenchement de l'action. Dans cette situation démarre réellement le récit. Cette partie est plus courte que la première. Le temps utilisé ici c'est le passé simple ou le passé composé.
Vers la situation finale
Les personnages tentent de surmonter les difficultés afin de trouver un nouvel équilibre. C'est la partie la plus développée d'un texte narratif. Les temps utilisés se sont le passé simple, le passé composé et l'imparfait.
La situation finale
"Elle représente une nouvelle stabilité différente de la stabilité initiale: dans les récits à structure circulaire, la situation finale est un retour à la situation initiale" (23).
5.5 Tâches didactiques
L'enseignant peut exercer ces tâches ou ces activités dans son parcous pédagogique en classe de FLE:
La situation de départ
- Les personnages : Qui sont-ils? Traits physiques et de caractère.
- A quel moment? Quand l’histoire se passé-elle?
- Que font les personnages ou que veulent-ils faire?
- Comment ils se sentent?
L'élément déclencheur ou l'événement perturbateur:
- Quels événements ou quels problèmes surviennent?
- Quelles aventures arrivent aux héros?
- Quelles actions entreprennent les personnages?
Le développement
- Aventures.
- Tentatives de solution et résultats.
La situation finale (dénouement):
- Comment se règlent les problèmes?
- Comment se termine le récit?
- Quel est le rôle des différents personnages?
- Que devient le personnage principal? (24).
Dans la situation initiale, l'apprenant peut utiliser les formules d'ouverture et décrire l'état stable des personnages principaux. Dans cette situation, l'apprenant doit faire attention de ne pas utiliser des déictiques (embrayeurs) de l'espace et du temps (ce, cette, ces, hier, demain, aujourd'hui) qui évoquent plutôt une énonciation subjective et non pas une fiction.
La formule (un jour) ne peut pas être utilisée comme formule d'ouverture mais comme déclencheur de l'histoire, c'est-à-dire du changement de la situation. Il est à rappeler que le temps présent n'est pas un temps de récit.
Dans cette situation, on peut évoquer des informations précises sur le héros comme ses qualités et ses caractéristiques distinctes et préciser le lieu où se passe l'histoire (forêt, village, montagne, etc.). Comme c'est une fiction, il est interdit d'identifier l'endroit et le temps où a lieu l'histoire.
Les temps verbaux utilisés à la situation initiale, ce sont les temps narratifs; l'imparfait y est utilisé car il s'accorde avec l'état stable du héros et de son entourage avant le bouleversement de sa situation.
L'étape de la transformation est plus longue que la première car c'est là que le héros rencontre les autres personnages comme les adjuvants et les opposants, suivant les classifications mentionnées par Propp. Elle peut se composer de plusieurs séquences narratives et descriptives.
Ce qui caractérise cette étape, c'est la présence d'un élément déclencheur qui prépare l'étape de la transformation du conte. L'absence de ce déclencheur donne au conte la forme d'une simple narration ordinaire. "Soudain" est l'un de ces déclencheurs. Celui-ci permet de bouleverser la stabilité de la situation initiale
Dans cette étape, on prévoit comme temps narratif le présent ou particulièrement le passé parce que l'imparfait sert à décrire et non pas à raconter la succession des événements. Dans cette étape, l'utilisation de l'indicateur temporel (un jour) est correct car il joue le rôle de "soudain" qui sert à introduire des actions particulières. La présence de l'indicateur temporel (un jour) à la place de (il était une fois) est due à une interférence avec la langue arabe parce que certains contes en arabe commencent par cette formule.
La phase finale, c'est la plus courte des trois situations. L'apprenant y marque la fin de l'intrigue et y retourne à la stabilité de la situation initiale. C'est dans cette phase que l'on trouve la moralité finale de l'histoire et le résultat de l'intrigue que le personnage principal obtient au dénouement du conte.
Si on demande à des étudiants de rédiger un conte, il est indispensable de vérifier qu'ils ont réussi à détacher cette étape de celle qui la précède. Il est aussi important de vérifier la présence des formules de clôture et des connecteurs logiques des récits. Il faudrait aussi que l'étudiant prenne en considération la morale que l'on peut tirer du conte qu'il a écrit. Est-ce que cette fin est logique? A-t-elle réussi à stabiliser la situation perturbée?On peut dire que La Barbe bleue ressemble à un conte d'avertissement sauf qu'il ne se termine pas par l'assassinat de l'héroïne. On remarque toutefois que l'arrivée à la fin des deux frères apparaît comme un miracle.
La Barbe bleue ressemble au petit Chaperon rouge qui est aussi un conte d'avertissement: "Une petite fille est envoyée chez sa grand-mère (situation initiale), en chemin, elle rencontre le loup. Le récit est fondé sur deux séquences en miroir: le loup dévore la grand-mère, puis la petite fille, et se clôt ainsi sur un méfait(25)
Ce conte d'avertissement est adressé aux enfants pour les prévenir d'un danger.
Puisque La Barbe bleue fait partie des textes narratifs et fictifs, on n'y trouve pas de déictiques. Ces embrayeurs ne figurant dans ce conte que dans ses extraits dialogiques qui comprennent aussi des modalités représentées par des interjections. Par ailleurs, dans ce texte non embrayé (La Barbe bleue), il n'est pas nécessaire d'identifier le temps et l'espace précis qui s'y présente sous la forme de : forêt, village et montagne.
La structure du conte respecte les stations narratives du conte: étape initiale, transformation et étape finale. D'autant plus que les formulettes d'ouverture et de la finale sont respectées.
Conclusion
A la lumière de nos investigations menées au cours de cette étude, nous avons observé que la présence d’une énonciation requiert l’existence d’un locataire, d’un nom d’un allocataire, d’un présent déictique, des adverbes du temps et d'espace ainsi que des verbes performatifs et des modélisateurs. En l’absence de ces déictiques, le texte ne peut être embrayé, tel le récit historique, les proverbes et les faits réels. La trace des empreintes de l'énonciation apparaît aussi à travers des appréciations des interjections des ordres et des interprétations de co-énonciateur. Quant aux temps verbaux des deux situations d’énonciation, on rappelle que le temps de base de l'énonciation embrayée et le présent déictique du discours peuvent être renvoyés au passé et au futur.
Pour le passé, il y a le passé composé et l'imparfait ; pour le futur, il y a le futur comme le futur simple et le futur périphrastique (le futur proche). D’ailleurs, le temps de base de la situation de l'énonciation non embrayée dans les textes narratifs est le passé simple associé à l'imparfait.
Au cas où il y a un fait postérieur à un autre, le narrateur a recours à un pseudo-futur que Benveniste appelle en futur prospectifs, ou un futur proche dans le passé. Si le présent est utilisé dans l'énonciation non embrayée, c'est le présent non déictique, tel celui des proverbes et des définitions.
Ces procédés langagiers présents dans bon nombre de contes populaires, et tout particulièrement celui de La Barbe Bleue de Charles Perrault peuvent, comme nous l’avons remarqué, être investis dans l’enseignement-apprentissage de FLE en leur qualité de textes d’ordre narratif et discursif en même temps.
References
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(Accessed 08/09/2010 at 15:55).
Foot Notes
1.Georges-Elia Sarfati, Elements of Discourse Analysis, Armand Colin, Paris, 2009, p. 14.
2.Jean-Michel Adam, Linguistics and Literary Discourse, Gallimard, Paris, 1966, pp. 203, 210.
3.Brilliant French general (17th century) who succeeded in retaking Rocroi, occupied by the Spanish (Thirty Years' War). See: Le Petit Robert 2, SNL–Le Robert, 1980, p. 1424.
4.Ibid. [Adam, 1966], p. 211.
5.Ibid., pp. 305, 310.
6.Ibid., pp. 310–311.
7.J. Dubois, “Utterance and Enunciation,” in Langages, no. 13, March 1969, pp. 100–110.
8.É. Benveniste, op. cit. [Problems in General Linguistics, 1966], p. 82.
9.O. Ducrot and T. Todorov, Encyclopedic Dictionary of Language Sciences, Seuil, Paris, 1973, p. 406.
10Ibid., pp. 316–317.
11.Ibid., p. 406.
12.Dominique Maingueneau, Analyzing Communication Texts, Armand Colin, Paris, 2007, p. 90.
13.Ibid., p. 91.
14.Fabrice Fajeau, op. cit. [Perrault's Tales (Bluebeard), 2007], p. 54.
15.Ibid., p. 60.
16.Ibid., p. 62.
17.Ibid., p. 54.
18.Ibid., pp. 58–59.
19.Ibid., p. 59.
20Ibid., p. 63.
21.Bernard Dupriez, Dictionary – Gradus: Literary Devices, U.G.E. 10/18, Union Générale d'Éditions, 1984.
22.Wikipedia – Actantial Schema (in French)
23.Académie de Reims – Narrative Structure Teaching Methods (PDF)
(accessed 05/09/2010).
24.Tale Structure Resource – CS Riveraine
(accessed 08/09/2010).
25.Véronique Gira and Isabelle Marchina, Charles Perrault, Tales, Hatier, Paris, 2009, p. 12.